En 2007 je sortais de mon école d'arts appliqués bien décidée à devenir une illustratrice célèbre.

Une centaine de books envoyés (et refusés), un an passé et une dizaine de kilos pris, j'ai définitivement cessé de croire au merveilleux monde des bisounours et des petits poneys tout doux lorsque j'ai rencontré des éditeurs à Montreuil qui ont refusé encore une fois mon travail. Grosse claque. il me fallait trouver une alternative pour gagner des soussous. La voie que j'ai prise n'était pas très loin des poneys tout doux. Sauf que ceux là n'ont pas d'arc en ciel dans les cheveux et qu'il leur arrive de faire tomber les enfants (même si souvent les enfants tombent un peu tout seuls quand même). 

Mon nouveau job me permettait d'avoir pas mal de temps libre, ainsi me suis-je lancé dans la création de petits personnages en fimo. Une fois de plus, portée par ma naîveté débordante, je me suis dit que si je ne perçais pas dans l'illustration, j'allais tout déchirer avec mes petits personnages et qu'ils allaient être vendus dans tous les points de vente de l'univers (vous avais-je dit que j'étais naïve??). 

J'ai découvert les plateformes de vente: Fée mains création, dawanda et A little Market.  Pas une n'avait pas sa boutique mamzel bonbon avec mes créations formidables. J'ai vendu quelques personnages en fimo à des amis qui les avaient vus sur facebook et qui les avaient trouvés sympas. Mais aucun sur les plateformes de vente. Cela aurait du me mettre la puce à l'oreille. J'aurai dû voir l'amateurisme de mes création, de mes photos. Mais non. Mes cinq pauvres ventes m'ont tellement boosté que j'ai décidé de me déclarer. Oui, parce que c'est cool d'être en accord avec la loi, d'avoir accès aux fournisseurs, d'avoir une carte chez rétif et payer des cotisations qui permettent de sauver notre pays de la dette internationale. Vous avais-je dit que j'étais naïve? 

Aujourd'hui lorsque je revois les créations du début (créations fimo ou bijoux) j'ai terriblement honte de leur qualité médiocre. 

 

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C'était tout mignon (même si un enfant de 5 ans aurait pu le faire)) mais je les vendais 5€ alors que je mettais plus de 30 mn à les faire. Et pour le pingouin il est trop moche, comment j'ai pu mettre cette horreur en vente? Oui, on fait tous des erreurs. Je vendais également des tshirts avec mes dessins dessus pour garder un pied dans le monde de l'illustration. 

Des portes-clés fimo, je suis partie vers les bijoux fimo. Et puis là j'ai fait mon premier marché. c'était à Orange. Je n'ai vendu qu'un bracelet à 5€. Il n'y a eu aucun passage et personne ne s'est arrêté à mon stand hormis un gars qui m'a raconté ses problèmes de santé et a essayé de me convaincre pendant 30mn de prendre une bonne mutuelle et une assurance vie.  Le pire c'est qu'il n'était pas vendeur d'assurances. 

 

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En rentrant je me suis remise en question. Je suis allé voir sur les sites de vente ce qui marchait et j'ai voulu faire pareil. Je suis donc partie vers les bijoux métal. J'ai acheté des fournitures à ne plus savoir qu'en faire. Et je me suis perdue. On ne devient pas quelqu'un en imitant les autres.(Je n'ai jamais fait de plagia ni de copies, j'ai tout de même mon amour propre). 

J'ai fait des marchés qui n'ont pas marché, j'ai déposé mes créations dans un dépôt vente qui a fermé du jour au lendemain en embarquant mes créations. J'ai fait des marchés de Noel ouverts à tous (pro et non pro) où je me suis retrouvé en concurrence avec des personnes qui n'avaient ni charges, ni assurances à payer et dont les prix étaient forcément moins chers vu qu'ils faisaient ça "pour leur plaisir". Je comprends que les mairies veulent une salle des fêtes remplie et n'hésitent pas à prendre 15 créateurs de bijoux juste pour "habiller la pièce". Au final tout le monde vend un peu mais personne n'y trouve son compte. 

Au final, j'avais acheté du matériel à bijoux, du matériel à fimo, du matériel à presser les tshirts, du matériel pour couler de la résine. Je suis partie vers des milliers de directions en espérant trouver le truc qui allait marcher. 

Et puis en 2012, on me propose de faire un livre de coloriage. Cela me laisse peu de temps pour la création, mettre à jour ma boutique ALM et faire ma pub. Cette même année je me sépare de mon copain et je retourne chez mes parents où mon matériel de création reste dans des cartons par manque de place. Je laisse donc la création de bijoux et tshirt de côté pour me recentrer sur le dessin. Je fais également plus d'heures dans mon deuxième travail. 

Je me découvre un  nouveau style et ai pris suffisamment de recul pour comprendre pourquoi mes démarches auprès des maisons d'éditions ont été infructueuses. 

En 2013, je sais que c'est là ma dernière année avant de devoir payer la CFE qui est hors de prix dans ma commune.

Je fais un dernier marché réservé aux pros (le seul que j'aurai fait hormis un dont la pub était très mauvaise et où nous avons eu très peu de visiteurs). Et là, révélation. Lorsque les organisateurs prennent la peine de bien sélectionner leurs vendeurs ( qu'on ne se retrouve pas à être 15 vendeuses de bijoux les unes à côté des autres) et qu'il y a du passage, c'est miraculeux, on vend!!!!!

Ca aura été mon dernier marché et j'en garde un excellent souvenir. Pour le coup, là enfin, cela valait la peine d'être déclarée. 

Fin 2013, je décidais tout de même de quitter mon activité d'auto-entreprise après avoir listés les avantages et inconvénients à se déclarer

avantages à être déclarés:

- carte pro la poste pour passer devant tout le monde au guichet (vraiment utile)

-faire certains marchés qui valent le coup (mais il faut les trouver)

- carte rétif qui sert une fois par an ( et encore tu peux souvent trouver un pro qui te file son nom pour profiter des avantages)

- accès aux fournisseurs (et encore sur la fin je passais exclusivement par Etsy et les vendeurs chinois ou américains chez qui n'importe qui peut commander)

- Ne pas être en stress quant aux contrôles lors de marchés

- Pouvoir démarcher les boutiques pour y déposer ses créations (mais vu ma mauvaise expérience du dépôt vente non merci)

au final j'ai surligné les vrais avantages et c'est vraiment ridicule. 

 

inconvénients à se déclarer

- paiement des cotisations

- paiement de la cfe

- assurance responsabilité civile

- vu que la plupart des marchés(surtout de Noel) acceptent les non pros, concurence déloyale. 

- perte de certaines aides de l'état pour ceux qui les perçoivent

- l'impression d'être pris pour un con (et c'est le point qui m'a le plus poussé à cesser mon activité)

 

Au final je dirai que vu le peu de vente en ligne que j'effectue, je n'ai aucun intérêt à être professionnelle. Je ne participe plus aux marchés de Noel ou autre, et je n'ai pas le temps de poster régulièrement des nouveautés pour que ma boutique soit attractive.

Je suis passée du côté obscur: je suis un particulier. 

Je déplore le fait qu'en France on rende les choses tellement compliquées pour les personnes qui veulent créer leur entreprise. Si la Cfe avait été calculée sur les ventes et non pas sur le foncier de notre lieu de résidence cela aurait été beaucoup plus juste. Beaucoup de personnes (dont moi) auraient conservé le statut d'AE à ce jour malgré la concurence avec les non pros. Mais payer 700€ de cfe pour un chiffre d'affaire équivalent sur l'année, non merci. 

Je suis dans l'illégalité mais il parait qu'en tant que particulier ne réalisant pas des ventes régulières, je peux déclarer mon chiffre d'affaire sur ma feuille d"imposition. Tout bêtement. Certains disent que oui, d'autres que non. Personne ne peut dire si c'est vrai ou pas, étant donné que la loi n'est pas claire sur ce point. J'ai choisi de croire qu'on a le droit. 

 

Tans que les marchés de Noël et les plateformes de ventes seront ouverts aux particuliers, c'est que la loi n'aura pas été assez claire. 

Tant que la loi n'aura pas été assez claire, je n'ai pas envie de me prendre la tête avec de la paperasse. Je ne suis plus dans l'urgence de la vente.

Je ressors les bijoux des cartons,  je les redécouvre, j'ai le recul suffisant pour trouver leurs défauts. Tout comme mon break en dessin m'a permis de me remettre en question et d'évoluer vers un autre style, je reprends mes bijoux, je les démonte, je les sublime. Je sens enfin que je pars sur quelque chose qui me ressemble plus, quelque chose de plus professionnel. De temps en temps je me remets au dessin, et j'ai dans l'idée de faire un nouveau book à proposer aux maisons d'édition. 

Aprés ces années d'errance, je suis enfin satisfaite de mon travail. Je relance petit à petit la machine et je sens que je vais bientôt tout déchirer (Eh oui, toujours aussi naïvement optimiste!!)